Source : Charlotte Paquet – Journal de Montréal Mardi, 20 janvier 2015

Le Réseau des Maisons Oxygène s’enrichira de quatre nouveaux maillons en 2015. Les ouvertures prévues à Québec, Joliette, St-Jean-sur-Richelieu et Sept-Îles porteront à 11 le nombre de ressources d’hébergement et de soutien pour des pères en détresse à la suite d’une séparation houleuse. Huit régions seront ainsi desservies.

Place à quatre nouvelles maisons pour pères en détresse« Le grand rêve du Réseau des Maisons Oxygène, c’est qu’il y ait au moins une maison par région au Québec et même deux tout dépendant de la grandeur de la région. L’objectif est d’éviter l’itinérance familiale et la désaffiliation pères-enfants. Ça peut aussi aller jusqu’à la prévention des suicides et des drames familiaux », explique Patrick Desbiens, vice-président du réseau provincial. Il est également coordonnateur-intervenant de la Maison Oxygène Gens du Nord à Baie-Comeau, qui relève de l’organisme Homme aide Manicouagan. En ouvrant ses portes en 2010, cette maison est d’ailleurs devenue la deuxième de la province après celle de Montréal, en opération depuis 20 ans à ce moment-là.

Il aura fallu attendre l’entrée en scène de trois autres régions avec des ouvertures à Sherbrooke, Ville-Marie et Chibougamau pour que voit le jour, en février 2013, le Réseau des Maisons Oxygène. Depuis, deux autres installations se sont ajoutées à Montréal et une à Baie-Comeau. Dans les trois cas, il est cependant question de maisons de deuxième souffle, une sorte de deuxième étape dans la reprise du pouvoir des hommes sur leur vie.

Avec l’ouverture des quatre nouvelles ressources attendues pour 2015, le nombre de lits disponibles pour papas et enfants passera de 96 à 140.

Bientôt à Québec

« On est la deuxième plus grande région du Québec avec une population qui dépasse les 600 000 habitants et on n’a pas encore de maison », déplore Abdellah Jaafria, président et membre fondateur de la corporation créée en 2012 pour doter la région de Québec d’une première Maison Oxygène.

Beaucoup d’étapes ont été franchies depuis. Un secteur a été ciblé, celui des Rivières, dans Vanier. Pourquoi? « C’est un secteur délaissé qui vit une revitalisation. C’est près des services et des arrêts d’autobus », explique le président.

Le besoin de départ est d’une maison de cinq chambres pour autant de papas et leurs enfants, mais avec une sixième destinée à du répit. Selon M. Jaafria, cette chambre vise l’avant-rupture, soit quand les choses vont mal dans un couple et que l’éloignement pour un temps est souhaitable.

L’argent demeure évidemment le nerf de la guerre. Le financement nécessaire pour la phase de démarrage s’élève à 180,000 $. Le budget de fonctionnement annuel tournera ensuite autour de 300,000 $. « On travaille à attacher le financement depuis un an. On est comme pris dans un cercle vicieux. C’est toujours c’est qui qui va donner le premier », souligne M. Jaafria.

La maman présente

Oui, les Maisons Oxygène accueillent des pères qui traversent des moments difficiles, mais elles le font à l’intérieur de plusieurs principes de base, notamment la coparentalité et l’égalité homme-femme.

« On fait une place à la mère dans notre panier de services. Les mères peuvent venir visiter lorsque les contacts sont permis légalement. Si c’est la fête de l’enfant et qu’il est à la Maison Oxygène, elle est invitée. L’objectif est de mettre l’enfant au coeur des priorités des deux parents », précise Patrick Desbiens.

Les papas accueillis ont parfois leurs enfants en garde exclusive (plus de 30 % sont dans cette situation), d’autres fois en garde partagée ou encore en démarche pour revoir leurs enfants. La Maison Oxygène Gens du Nord a déjà accueilli sous son toit un père ayant la garde légale de ses six enfants.

Des statistiques éloquentes

Selon le Réseau provincial, 95 % des pères hébergés ont vécu plus ou moins récemment une rupture conjugale difficile et 5 % sont accueillis de façon préventive à la suite d’une crise dans le couple.

Autre donnée intéressante, plus de 30 % des papas sont référés par un centre de crise ou sortent d’une cure de désintoxication. Plusieurs ont aussi vécu des épisodes d’itinérance en trouvant refuge chez un ami ou un parent quand ce n’est pas directement dans leur auto.

Fait à noter, alors que la neige recouvrait déjà le sol de Baie-Comeau en novembre dernier, un père, une mère et une petite fille ont vécu quelques jours et nuits dans leur voiture avant d’être hébergés par la Maison Oxygène. Ils viennent tout juste de trouver à se loger ailleurs. C’était la deuxième fois seulement depuis 2010 qu’une maman était hébergée.